Texts

Je dépasse l’envie de figuration par une absorption complète de l’image par la peinture-matière. L’image peinte devient un double, une trace, une empreinte…

2013   Tatiana Defraine / nicolas linel

“Lorsque Tatiana Defraine procède au recouvrement d’un espace du travail par la matière picturale, elle traite avant tout de l’effort de recouvrer la possibilité d’un dire à travers la couleur. Il ne faut pourtant pas entendre cet effort de recouvrement comme la volonté d’imposer à quiconque une vue affirmative de ce que doit être la peinture mais plutôt d’adopter une forme picturale assertive et non pas affirmative.

Il ne s’agit absolument pas d’imposer à l’œil ce qu’il doit voir mais bien de lui permettre d’être concerné sans qu’il craigne la confrontation brutale à ce que l’artiste peut représenter. Nous ne pouvons plus soutenir du regard les représentations qui parlent seulement de leur force, seulement d’elles-mêmes et finissent par nous absorber.
Elles vouent la parole qu’elles recèlent à une implacable précipitation vers le néant et c’est pour se déjouer de la fascination de la représentation que nous devons faire face à cette peinture qui détermine et révèle la manière aimable d’en user. C’est bien parce que Tatiana Defraine ne force pas l’attention que nous pouvons recueillir son geste lancé aimablement vers nous. Nous n’avons pas besoin d’être attentif puisqu’elle porte son attention sur nous. Les représentations qu’elle appelle viennent à nous par-delà la résille d’une matière qui s’étend à la surface et fait ainsi poindre le désir d’écouter ce qui pourrait possiblement demeurer au dessous de cette étendue de peinture. Cette matière qui s’étend en surface dans la série über tropisch, 2012 ou la série , 2012, nous permet de voir sans dévoiler tout à fait la représentation. Ce voile qui recouvre la toile fonctionne comme le filtre réfractaire à l’agency de la représentation qui doit être absolument ménagée pour rendre habitable ce temps du parcours du regard. La force, la présence, la puissance reconfiguratrice de ce que l’on nomme ici agency n’est autre que l’adresse de l’artiste qui est modulée pour faire paraître aimablement ce qui sourd au dessous du voile .

Tatiana Defraine propose autrement d’aller-avec la couleur à travers les lieux constitutifs de l’espace picturale pour discuter de passages en procédant à un recouvrement dans sa double entente d’un recouvrir et d’un recouvrer. C’est-à-dire qu’elle recouvre sa possibilité de nous parler de représentation pour autant qu’elle la recouvre d’un voile d’une matière laissant passer notre regard.

Elle formule ainsi une invitation pour le possible parcours du regard entre un renvoi à la matérialité de ce qu’elle représente _ qu’il s’agisse de nature morte ou de détails paysagers_  et un traitement relevant la matérialité première de la peinture. Elle recouvre l’espace de la toile pour que l’œil franchisse le seuil d’un premier lé pictural, pour que l’on puisse se retrouver aussitôt entre les places constitutives de son espace. L’artiste pro-duit donc un geste qui ne dicte pas et plus encore, ne refuse pas la nécessité d’une altérité dans l’espace du travail. Elle nous laisse une place entre chaque niveau de sa peinture.

De cette manière, Tatiana Defraine ménage notre venue, ménage notre crainte _d’être possiblement absorbé par la représentation_ comme elle viendrait prendre en considération la tonalité de l’être quelconque qui se poste au devant. Elle ne peut savoir qui viendra engager son regard mais nous parlons ici de l’attitude aimable indissociable de l’assertivité évoqué plus tôt. Les passages sont donc ce par quoi le regard passe et se déplace sur la surface poreuse de la toile pour nous entretenir au cœur d’un espace d’adresse et de divagation colorée.”

2013 / Tatiana Defraine / a picture at an exhibition / opening of the gallery VDNL, place camille jullian, Bordeaux. Texte de Victor Delestre et Nicolas Linel

“La première chose qui nous est venue à l’esprit, lorsque nous parlions de réaliser l’exposition d’une artiste dont nous aimons le travail, était que nous allions partager notre aire de jeu, nos lieux de discussion que sont devenus les panneaux d’affichage public. Mais nous pensons l’art comme cette place ouverte à cet adversaire qui complexifie notre perception du politique, qui nous parle et dit que nous travaillons et construisons ensemble ce lieu choisi pour l’heure. Pour cette raison nous avons besoin de cette amie pour pro-duire le devenir de notre pensable.

Notre travail, nos discussions portent essentiellement le désir d’avancer vers un ici qui s’efface et se déplace à chacun de nos mots, parce que nous parlons trop pour ainsi dire. Nous allons sans cesse par-delà la fixation des regards par force du mot, par la dynamique propre au mot, par la puissance du langage.

La parole de cette artiste nous semble importante parce qu’elle procède au double effacement d’un geste qui surgit pour exécuter ici, sur la ligne grasse de la couleur, un lé d’une autre matière picturale qui enfouit ce geste liminaire et transpose par ailleurs cette même matière sur notre support favori. Elle procède à l’effacement de son travail d’une matière picturale par passage de la toile sur un poster qui ne vivra que quelques heures pour faire surgir autre chose : une incertitude nécessaire pour le questionnement de la fixation de la peinture face à la dynamique du mot dit dans le politique.

Nous invitons ainsi aujourd’hui Tatiana Defraine sur cette place qui ne nous appartient pas.”

2008 / Texte de Lili Reynaud Dewar

“Tatiana Defraine s’intéresse à la question du divertissement et de sa représentation. Comme dans une histoire Warholienne, ou elles serait tout à la fois le décorum et le producteur, la «superstar» et l’artiste, elle peint des objets de luxe qu’elle agrandit jusqu’à la limite de leur intégrité, elle circule en observatrice au sein de diverses structure de production de l’art contemporain, elle s’intègre dans les circuits de fabrication du divertissement populaire pour y acquérir des techniques et produire les décors peints du monde merveilleux de Disney.”